Terra Amata

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Les palmiers : le panache de l'exotisme

Pour beaucoup d’entre nous, ils symbolisent le voyage, les tropiques, les vacances… Et pour cause : les palmiers, essentiellement tropicaux ou subtropicaux, ont une forme caractéristique et des qualités ornementales particulièrement appréciées, notamment dans nos régions méditerranéennes qui peuvent se vanter, non sans quelque fierté, de pouvoir en acclimater une bonne part. Ils sont connus de tous, mais les connaissez-vous vraiment ? Peut-être ne regarderez vous plus jamais un palmier de la même façon après avoir découvert un peu mieux cette curieuse plante malheureusement menacée par un péril venu d’Asie…

 


 Phoenix canariensis (palmier des Canaries)

Un grand classique de la Côte d'Azur (ici à Beaulieu-sur-mer)

 


Les palmiers sont-ils des arbres ?

 

La plupart des Arecaceae (famille des palmiers) atteignent une hauteur comprise entre 5 et 25 mètres. Mais certaines espèces peuvent atteindre 60 mètres, notamment chez les Ceroxylon à l’allure particulièrement longiligne ! L’espèce la plus massive est probablement Jubaea Chilensis (Cocotier du Chili) répandue dans tout l’hémisphère sud, pouvant atteindre 5 mètres de circonférence au sol. Il ne fleurit pas avant l’âge de 60 ans !

 


 Ceroxylon quindiuense (palmier à cire du Quidio)

L'une des plus grandes espèces de palmier pouvant atteindre 60 mètres.

Symbole de la Colombie (ici dans la vallée de Cocora). Espèce menacée.

 


 Jubaea chilensis (cocotier du chili)

Le plus imposant des palmiers pouvant atteindre 5 mètres de circonférence.

Fleurit à partir de 60 ans. Espèce menacée (ici à Hyères).

 

Toutefois, ce qu’il faut savoir avant tout autre chose au sujet des palmiers, c’est que ce ne sont pas des arbres, malgré ce que leur taille et leur structure ligneuse (qui a l’aspect du bois) pourraient faire croire. Leur développement et leur morphologie s’apparentent aux plantes herbacées du clade des monocotylédones. En d’autres termes, alors qu’un arbre produit du bois, possède un tronc et est pourvu de branches, le palmier ne dispose d’aucune de ces caractéristiques.

 

Dans sa morphologie générale, le palmier est composé d’une grosse tige appelée stipe terminé par un bourgeon qui est l’organe vital, enveloppé par un manchon foliaire formé par l'emboitement des bases foliaires denses. Dès lors, si l’on coupe la tête d’un palmier, la plante est tuée sur le coup ! On peut ainsi regretter que la consommation des cœurs de palmier ait pratiquement décimé la population d’Euterpe edulis qui tient son nom de la gracieuse Muse du chant et de la poésie. Ce met délicieux ne l’est plus autant quand on sait qu’une plante tout entière a été sacrifiée pour son seul bourgeon…

 


 Euterpe edulis (palmito)

Originaire d'Amérique du Sud. Surexploité, l'espèce est aujourd'hui menacée.

 

La structure du stipe est tout à fait différente du bois. Elle forme des fibres très serrées et extrêmement solides, à la manière d’une balle de golf. Les stipes les plus fins sont dotés d’une élasticité leur permettant de résister en souplesse aux vents très violents, aux cyclones notamment. Ils peuvent revêtir plusieurs types de surface : être nus, ornés d’épines ou encore couverts par la base persistante des anciennes feuilles, elles-mêmes parfois hérissées de crochets, de poils laineux, de fibres épaisses entrelacées ou épineuses.

 

Enfin les palmiers n'ont pas de véritable écorce, bien que l'épiderme soit durci, formant une couche protectrice. Il n'y a pas de phénomène d'épaississement secondaire, et une fois que le stipe est formé, sa croissance en diamètre est très limitée. La plupart des espèces atteignent leur diamètre maximal avant que le stipe ne se développe en longueur. Toute augmentation ultérieure de la circonférence du stipe est due au gonflement des cellules par épaississement de leurs parois.

 

En observant les palmiers, vous remarquerez deux grands types de feuilles : pennées (en forme de plumes), plus rarement bipennées, ou bien palmées (en forme d’éventail) moyennant quelques nuances. Notons qu’il existe quelques rares cas d’espèces à feuilles entières. Mais l'un des plus curieux est sans doute le superbe Licuala peltata dont les feuilles sont reconnaissables entre toutes : rondes, évoquant des parapluies qui auraient été furieusement lacérés et pouvant atteindre 2 mètres de diamètre ! C’est un cas unique au sein de la famille des arécacées.

 


Exemple de feuilles pennées : Cocos nucifera (cocotier)

Originaire d'Asie du sud, le cocotier vit plus de 100 ans et a été acclimaté

dans la plupart des régions tropicales du monde (ici en Martinique).

 


 Exemple de feuilles palmées : Washingtonia filifera (palmier jupon)

Originaire du sud-ouest des Etats-Unis. Couramment utilisé comme plante ornementale.

 


Exemple de feuilles insolites : Licuala peltata

 Espèce assez rare originaire d'Asie du sud (Inde, Malaisie)

 

 

Classification et répartition

 

Les palmiers appartiennent à l’une des plus anciennes et des plus nombreuses familles du règne végétal, les arécacées (Arecaceae) ou palmacées (Palmae). On a retrouvé des fossiles datant du début du Crétacé, il y a 120 millions d’années ! On compte environ 2800 espèces réparties en près de 200 genres.

 

La quasi-totalité des espèces se cantonne en zone intertropicale, principalement en Asie et en Amérique du Sud, où ils occupent tous les habitats, des forêts humides de basse altitude aux déserts, des mangroves aux forêts de montagne. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la plupart des palmiers aiment l’humidité et, à de rares exceptions, supportent mal la sécheresse. Même lorsqu’on voit certains palmiers, notamment les dattiers (Phoenix dactylifera), présents ou cultivés en milieu aride, c’est en réalité à proximité d’une source d’eau qu’ils savent trouver en profondeur. Certaines espèces sont d’ailleurs subaquatiques comme Nypa fruticans, voire totalement aquatiques comme le Ravanea musicalis de Madagascar où l’on compte par ailleurs plus d’une centaine d’espèces endémiques.

 


 Nypa fruticans (palmier mangrove)

Ici au Sri-Lanka, ce palmier semi-aquatique pousse dans la vase ou la boue.

Véritable fossile vivant, on a retrouvé des pollens estimés à 70 millions d'années !

 

 

Floraison et reproduction

 

Qu'ils soient dioïques (individus mâles et individus femelles) ou monoïques (fleurs des deux sexes sur un même individu), la plupart des palmiers ont une floraison annuelle. Mais certains sont monocarpiques ; c'est-à-dire qu’ils ne fleurissent et produisent des fruits qu’une seule fois dans leur vie et meurent. Chose étonnante quand on pense que cet événement peut intervenir après une vie de 70 ans ! Lorsque la croissance végétative de la plante est achevée, celle-ci utilise tout son stock de nutriments en une floraison éblouissante, puis fructifie et meurt d’épuisement. Ces ressources nutritionnelles doivent être très importantes, comme chez le Corypha umbraculifera (« tallipot ») qui émet une inflorescence de plusieurs millions de fleurs, aussi massive que la couronne de feuilles qui l’a précédée.

 


Corypha umbraculifera (tallipot)

Originaire d'Inde du Sud, sa floraison spectaculaire est unique.


 Les fleurs femelles sont habituellement plus grandes et moins nombreuses que les fleurs mâles. On observe des adaptations à la pollinisation de toutes sortes : vent, insectes, chauve-souris… Quant aux fruits, ils sont de deux sortes : soit sous forme de baies (dattes), cas du Phoenix dactylifera, l’une des espèces emblématiques, soit sous forme de grosses drupes (noix de coco) comme chez les cocotiers parmi lesquels se distingue Lodoicea maldivica, le « cocotier de mer », orignaire des Seychelles, qui produit la plus grosse graine du règne végétal ; appelée « coco fesse ». Sa forme, particulièrement évocatrice, peut dépasser 20 kg !

 


 Les dattes sont des baies charnues. Pas toutes comestibles, celles du

palmier dattier (Phoenix dactylifera) sont en revanche très appréciées.



 La noix de coco est notamment le fruit du Cocos nucifera (cocotier).

La chair renferme une grosse noix entourée d'une peau coriace

et épaisse de couleur sombre, elle-même entourée d'une couche fibreuse.

 


La graine du Lodoicea maldivica (cocotier de mer) est appelée "coco-fesse"...

C'est la plus grosse graîne du monde, pouvant dépasser 20 kg !

 

 

Les espèces de nos régions

 

Bien que l’on trouve très peu d’espèces aux latitudes moyennes, les palmiers prospèrent jusque sous les climats subtropicaux et méditerranéens. D’ailleurs, toutes les civilisations de la Méditerranée les ont vénérés. Ils symbolisent l'arbre de vie, la fécondité et le succès. En Méditerranée orientale, on trouve le Phoenix theophrasti, vulgairement appelé « dattier de Crête » et proche du Phoenix dactylifera. Mais la seule espèce poussant naturellement en Europe continentale est le Chamaerops humilis (palmier nain), présent sur l’ensemble des côtes de Méditerranée occidentale et que l’on reconnaît à ses nombreux rejets à la base lui donnant son apparence en touffe.

 


Chamaerops humilis (palmier nain)

L'unique palmier poussant à l'état naturel en Europe.

 

Toutefois les espèces les plus rustiques ont été acclimatées comme arbre d’ornement, principalement dans nos régions méditerranéennes avec le succès qu’on leur connaît. On en dénombre une trentaine d’espèces couramment employées. Parmi elles, l’un des plus connus et courants étant le Phoenix canariensis, le palmier des Canaries (voir notre photo plus haut), à tel point qu’il est devenu un emblème de la Côte d’Azur (on le connaît aussi sous le nom de palmier d’Hyères). En outre, citons le Phoenix dactylifera (palmier dattier) déjà évoqué, et le Trachycarpus fortunei (palmier moulin) originaire de Chine, probablement le plus rustique, résistant jusqu’à -17 à -20°C et reconnaissable au chanvre qui recouvre la base de ses pétioles sur le stipe.

 


 Phoenix dactylifera (palmier dattier)

Largement cultivé en Afrique du Nord et au Moyen-Orient pour ses dattes,

on ne le connaît plus à l'état spontané (sauvage).

 

Trachycarpus fortunei (palmier à chanvre)

Originaire des montagnes de Chine, c'est le plus rustique des palmiers,

pouvant supporter des températures proches de - 20°c.

 

Le Washingtonia filifera ou palmier éventail (voir photo plus haut), constitue quand à lui un grand classique des espaces verts de nos villes méditerranéennes. Cet américain originaire du Mexique et de l’Arizona rencontre un succès qui s’explique par sa croissance rapide qui le rend peu onéreux. Son voisin d’origine, le Brahea armata, « palmier métallique » (Mexique, Californie) est d’une grande beauté avec la couleur bleutée de ses palmes et sa floraison exubérante en petites grappes retombantes. Citons enfin un élégant petit palmier aux palmes retombantes, le Butia capitata (Cocos du Chili) originaire d’Amérique du Sud, qui peut donner à partir de l’âge de 20 ans des régimes de dattes orange comestibles à forte saveur de fruit exotique.

 


 Brahea armata (palmier bleu du Mexique)

Avec sa superbe floraison. Espèce très répandue en culture

représentée dans tous les jardins botaniques du monde.

 


 Butia capitata (arbre à laque)

 Originaire des savanes d'Amérique du Sud (ici en Uruguay), ses fruits sont comestibles.

Macérés dans de l'alcool, ils donnent le vin de palmier.

 

 

Une ressource économique importante

 

Le palmier est une ressource économique importante. Il fait l’objet de nombreux usages, notamment alimentaires.

 

Elaeis guineensis (palmier à huile) fournit notamment l’huile de palme tirée de la pulpe du fruit. Facile à produire et bon marché au bénéfice d’un rendement élevé, 80 % de sa production sert à l’industrie agro-alimentaire. La demande croissante a pour conséquence l’extension d’une monoculture intensive désastreuse sur le plan social et environnemental : les forêts des principaux pays producteurs (Malaisie, Indonésie) ont été détruites pour laisser la place à des palmeraies. De plus, en raison de sa haute teneur en acides gras saturés après cuisson, cette huile, favorise les troubles cardio-vasculaires parmi les populations occidentales.

 


 Exploitation de palmiers à huile en Indonésie.

 

D'autres palmiers produisent des matières grasses liquides ou solides, ordinairement consommées sur place, qui sont également tirées de la pulpe des fruits (Orbignya speciosa du Brésil donne l'huile de babassou) ou des amandes (Attalea, Acrocomia). Quand au Cocos nucifera, le fameux cocotier, il fournit un albumen, le lait de coco, à partir de quoi on obtient le coprah dont on tire le beurre de coco, utilisé pour la fabrication de la margarine, de savons ou de produits cosmétiques.

 


 Récolte des noix de coco. Elles sont rassemblées puis séchées.

Le coprah est la matière sèche récupérée.

 

Nous avons déjà évoqué les cœurs de palmier, souvent appelés « choux palmistes » dont le goût rappelle le cœur d’artichaut. Quant à la fermentation de la sève, elle fournit le vin de palme qui s’est instituée comme boisson traditionnelle dans de nombreuses régions, en particulier en Afrique du Nord. Naturellement, les dattes sont des baies généralement appréciées pour leur valeur énergétique, notamment celles du Phoenix dactylifera (Palmier dattier) dont la production est surtout le fait des pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient.

 

Outre des usages médicaux, notons que le palmier fournit de nombreux matériaux de construction dans de nombreux pays, que ce soient les stipes pour établir des structures (charpente, poutre), les feuilles qui ont la propriété de former une excellente couche étanche et les folioles qui, tressées, permettent de réaliser des cloisons intérieures… Enfin une utilisation appréciable en vannerie : le rotin, qui, contrairement à ce que l’on pourrait croire, n’est pas du bambou mais bien un palmier, le Calamus rotang (palmier-rotin) présent en Asie du Sud-Est.

 


 Calamus rotang (palmier à rotin)

Ici à l'état naturel, ce palmier grimpant à la tige très mince et flexible permet

le travail du rotin, un matériau très prisé pour la fabrication d'objets et de meubles.

 


 Objets en rotin dans un commerce de détail.

 

 

La menace du charançon rouge : un tueur en série

 

Depuis les années 1990, nos palmiers sont colonisés par le « papillon du palmier » (Paysandisia archon) dont la larve, une grosse chenille blanchâtre, grasse, de 8 à 10 cm de long et ressemblant à un asticot, se nourrit du cœur et de l’intérieur du stipe. Mais une menace bien plus sérieuse est apparue par un péril rouge du nom de Rhynchophorus ferrugineus (charançon rouge). Originaire de l’Indonésie et des côtes de l’Inde méridionale, le « tueur de palmiers » est depuis longtemps connu pour les ravages occasionnés aux plantations de cocotiers (Cocos nucifera). Jusqu’alors cantonné dans les régions particulièrement favorables à son développement, le commerce l’a introduit au Moyen-Orient puis en Europe dans les années 1990 où il est repéré en Espagne. Il est identifié dans le sud-est de la France mi-2006.

 


 Paysandisia archon (papillon du palmier)

La larve, la chenille et le papillon

[Photo © J.B. Peltier - Source http://www1.montpellier.inra.fr]

 


 Rhynchophorus ferrugineus (charançon rouge)

La larve et le coléoptère

[Photo © J.B. Peltier - Source http://www1.montpellier.inra.fr]

 

La lutte contre ce fléau, définie comme action d’intérêt général, s’annonce des plus difficiles car chaque spécimen contaminé doit être traité si l’on veut endiguer la propagation du parasite. En France, outre la mesure de quarantaine qui s’impose avant l’importation de nouveaux palmiers et de leur commercialisation, un arrêté ministériel du 21 juillet 2010 rend obligatoire le traitement de toute plante infestée, sous peine de 30 000 euros d’amende et six mois de prison avec sursis. Deux techniques de traitement sont actuellement préconisées : l’une chimique, par pulvérisation d’un insecticide sur la tête du palmier, l’autre biologique (préférable) qui a recours au nématode, un ver microscopique qui colonise la larve du charançon rouge et celle du papillon Paysandisia archon. La mort par septicémie tue avec 100 % d'efficacité, mais le ver ne survit pas à la mort de sa larve hôte.

 

 

En conclusion

 

Les palmiers sont des plantes originales que l’homme apprécie et utilise. Mais qu’ils soient menacés ou que leur utilisation ne se fasse pas toujours à bon escient doit une fois de plus rappeler que l’on doit regarder le monde végétal avec beaucoup de respect et d’humilité afin de jouir en harmonie avec ce que la nature a de plus extraordinaire à proposer à nos yeux émerveillés.

 

La palmeraie de Marrakech (Maroc)

 

Avec ma reconnaissance à l'égard de Marc Bottin, biologiste et professeur de botanique de l'Université de Nice-Sophia Antipolis à qui je dois beaucoup dans le cadre des articles de botanique.

                                                      

                                                                             Blaise Berrut



25/02/2012
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