Terra Amata

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Le mimosa, flambeur de l'hiver

Qui ne s’est pas extasié devant la floraison d’un jaune éclatant et le parfum subtil de cet arbre au cœur de l’hiver ? Les habitants de la Côte d’Azur en particulier accueillent avec beaucoup de familiarité le retour de cette première vedette de l’année qui ponctue le calendrier au rythme du Carnaval et de ses batailles de fleurs. Au grand bonheur des fleuristes ! On pourrait penser que le mimosa, de par sa présence dans tous les lieux communs de la Côte d’Azur et souvent utilisé comme symbole de la région, est un vieil habitant des lieux : on le trouve souvent à l’état sauvage (sur terrains non calcaires) en particulier dans le massif de l’Estérel (Tanneron), où il est par ailleurs cultivé, mais aussi dans de nombreux jardins où il se montre fièrement lors de la floraison. En réalité, ce flambeur de l’hiver est un immigré de fraîche date dont certaines espèces ne cachent pas leurs intentions de coloniser en masse au-delà des territoires acquis ! Découverte d’un arbre mais aussi d’un genre et d’une famille de plantes au sein desquels règne au demeurant une certaine confusion…


Acacia dealbata, le plus populaire de nos mimosas à la floraison spectaculaire.

 

 

Mimosa ou Acacia ?

Clarifions d’abord une chose : notre « mimosa », classé dans l’une des trois sous-familles des Fabacées (ou Légumineuses), les Mimosoideae, n’est pas un mimosa ! Cette sous-famille comporte plusieurs genres dont le genre Mimosa. Or l’arbre dont nous parlons n’appartient pas aux Mimosa, mais au genre Acacia, qui ne compte pas moins de 1 500 espèces à travers le monde ! C’est donc improprement que nous appelons cet Acacia « Mimosa ». La précision est importante d’autant qu’il y a une confusion de langage en France : on a l’habitude, également à tort, d’appeler vulgairement « Acacia » un arbre très commun originaire des Etats-Unis, appartenant aux Fabacées mais au genre Robinia, le Robinier faux-acacia (Robinia pseudoacacia).

 

Communément appelé "acacia", le Robinia pseudoacacia

(robinier faux-acacia) appartient en réalité au genre Robinia.

 

Alors quel est le vrai Mimosa ? Parmi les Mimosoideae, on a donc le genre Mimosa qui comporte pour sa part environ 400 espèces tout de même, souvent herbacées ou buissonnantes. Mimosa vient du latin mimus qui signifie « qui se contorsionne comme un mime ». La plus connue des espèces est Mimosa pudica que l’on appelle vulgairement « sensitive », petite plante originaire d’Amérique tropicale et largement naturalisée à travers le monde. La sensitive est remarquable pour la sensibilité de ses feuilles et de ses folioles qui se referment au moindre contact.

 

Mimosa pudica (mimosée sensitive), véritable Mimosa !

 

Cette confusion nous autorise à vous donner le conseil suivant : si vous souhaitez apprendre le nom d’une plante, privilégiez le nom scientifique qui simplifie et clarifie les choses !

 

 

Les « mimosas » sur la Côte d’Azur, genèse d’une économie florissante

Revenons-en donc à nos Acacia. Ils nous viennent pour la plupart d’Australie, où on a dénombré plus de 800 espèces ! Mais seulement une quarantaine d’entre elles ont été acclimatées en Europe. Le plus connu d’entre eux, celui que l’on désigne comme le « mimosa des fleuristes » ou mimosa d’hiver est l’Acacia dealbata, introduit en Angleterre en 1792 pour ses qualités ornementales. Cultivé en 1841 au Jardin des Plantes de Montpellier, ce n’est que dans les années 1870-75 qu’on le trouve dans le milieu naturel à Cannes, puis dans le proche massif du Tanneron. Il y a été introduit au bénéfice d’un climat favorable, sensiblement proche de son lieu d’origine par l’ensoleillement et la rareté des gelées. A noter que le mimosa affectionne généralement les sols secs et siliceux, il ne se plaît guère sur un terrain calcaire, ce qui explique sa très bonne acclimatation sur le sol cristallin du Tanneron entre les départements des Alpes-Maritimes et du Var ou sur les grès de Berre-les-Alpes dans le Comté de Nice. Cependant (à toute fin utile pour les jardiniers) on distingue ces espèces de mimosas, à feuilles composées bipennées et folioles toutes fines donnant aux rameaux un bel aspect plumeux (cas de l’Acacia dealbata), des mimosas à phyllode (pétiole ayant pris l’aspect d’une feuille) tels que l’Acacia retinoides vulgairement « Mimosa des quatre saisons », connus pour leur meilleure tolérance au calcaire.

Acacia dealbata. Le feuillage bipenné et la floraison

en glomérules rappellent le genre Mimosa.

 

L'Acacia retinoides fleurit presque toute l'année.

En général, les espèces ayant ce type de feuillage tolèrent les sols calcaires.

 

La popularité de nos « mimosas » tient naturellement de leur floraison hivernale. C’est à partir des années 1880, dans le contexte florissant de la production horticole, que s’est développée leur culture, principalement dans le massif du Tanneron, qui s’exporte aujourd’hui à 80 % vers les Pays-Bas, les Etats-Unis et le Canada. On trouve dans le commerce de nombreux hybrides et cultivars (espèces artificielles) de l’Acacia dealbata, plus ou moins rustiques, que l’on connaît sous les appellations de ‘Gaulois’, ‘Pendula’ ("pleureur"), ‘Mirandole’... En dehors de cette espèce naturalisée, citons le célèbre Cassier jaune de Farnèse (Acacia farnesiana), joli épineux d’Amérique tropicale qui fut longtemps cultivé dans la région de Cannes et Grasse pour son parfum, le « cassi » ou « cassie », extrait de ses fleurs. Bien qu’étant le premier spécimen introduit dans la région en 1792 par l’Abbé de Lérins, de retour de son séjour à Rome où il a visité les Jardins de Farnèse, la population d’Acacia Farnesiana est en déclin.

Acacia farnesiana (Cassier) aux fleurs particulièrement odorantes

et indifférent quant à la nature du sol.

 

 

Acacia dealbata : le péril jaune ?

Mais notre « mimosa d’hiver », contrairement à d’autres espèces, est particulièrement résistant et à croissance rapide. Il forme des peuplements denses par drageonnement, entrant en compétition avec la flore indigène. Il émet des substances toxiques qui limitent la germination et la croissance racinaire de la végétation locale. L’extension de ce mimosa provoque donc la disparition de la forêt typiquement méditerranéenne et du cortège faunistique qui l’accompagne. Le système racinaire est superficiel, ce qui le rend extrêmement fragile en cas de fort vent et, lorsqu’il s’installe le long des cours d’eau, il peut être déraciné lors des crues et conduire à la formation d’embâcles. Ce phénomène peut ensuite entraîner l’érosion des berges. Enfin, il est facilement inflammable en été à cause de sa déshydratation foliaire, ce qui accentue le risque d’incendie.

Forêt de mimosas envahissante dans le massif du Tanneron.


Ainsi, bien que l’économie liée à sa culture soit prospère, la trop grande prolifération du mimosa pose de réels problèmes, si bien que plusieurs types d’actions sont envisagés pour endiguer cette prolifération, mais aucune n’est entièrement satisfaisante.

Il n’en demeure pas moins que le mimosa fait aujourd’hui partie du paysage et de l’histoire de la Côte d’Azur en particulier, au même titre que les palmiers, les agrumes, les agaves, les cactées ou les Eucalyptus, autant de plantes exotiques qui donnent au littoral méditerranéen son aspect et son charme actuels.

 

 

Blaise Berrut.

 

Avec ma reconnaissance à l'égard de Marc Bottin, biologiste et professeur de botanique de l'Université de Nice-Sophia Antipolis à qui je dois beaucoup dans le cadre des articles de botanique.




31/01/2012
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